Francoeur: Terminal rock
par
Fernand Durepos

Pop-Rock, vol. 14, #7, pg.25, 26 octobre 1985


Il n’y a pas que le thon qui est avarié. La scène rock québécoise a mal, ulcérée. Si les gitans reviennent toujours il leur faut d’abord partir. Les 4 et 5 octobre LUCIEN FRANCOEUR faisait ses adieux au Spectrum. Hey, you gitan it’s about you...

Dans Sa Totalité

Comme performance d’adieu, FRANCOEUR aura opté pour la totalité. Véritable voyage à travers le rock, celui de ses sept microsillons (abstention faite de ses deux compilations), le concert du poète-rocker transporta la foule dans l’universalité des décibels. “Nancy Beaudoin”, “Ch’t’aime pis ch’t’en veux”, “Sexe-fiction”, “Les élucubrations de Johnny”, “Rap-à-Billy”, “Miss DJ”, “Wet job”, “N.Y.C.” et “Waikiki beach” furent entre autres exécutées. Le côté rock de Francoeur éclatait, se perpétuait dans toute son énergie. Le groupe Welcome était le support/dynamo idéal pour concrétiser en musique tout l’adrénaline des mots.

Les mots. Leur présence. FRANCOEUR a aussi monologué. De Elvis à Jean-Paul Sartre et Simone de Beauvoir aux cafés et toilettes de Paris, il a fait rire. De “Ce soir” à “La Célébration du Roi-Lézard” (traduction sublime de Morrison) il a subjugué. Au-delà du cliché, apprécier le véritable poète, Francoeur, s’il fait du temps en arrière du micro en (il) en fait aussi en arrière du stylo.

Filmé pour la télévision, le spectacle se termina par une version magique de “Hey you woman”, que la foule chanta, et un moment poignant: “On achève bien les rockers”, véritable hymne d’universalité. Un adieu resplendissant de conscience.

Pourquoi Partir?

Il y a plusieurs raisons à ce délaissement de la scène de FRANCOEUR. Un public restreint, qui ne saisit pas toujours le sens du symbole, une certaine indifférence des médias, mais surtout un besoin urgent de ne pas s’emmerder comme il me l’explique. “J’ai toujours monté sur une scène pour me donner au naturel, sans calculs. Continuer à faire ça serait à la longue gaspiller de l’énergie, travailler dans le vide. J’aimerais faire un show concept qui se situerait entre le théâtre et la performance. Relever le défi d’être à un endroit précis parce que l’éclairage sera là, de synchroniser ma voix dans le même timing que les rubans enregistrés, etc. Je veux créer dans cette direction là, aller vers quelque chose de neuf, de plus technique” me dit-il 48 heures après ses adieux.

Les Projets

Le 10 octobre au matin, FRANCOEUR partait pour les États-Unis pour donner une série de conférences sur la nouvelle poésie québécoise, initiative qui le fera entre autres visiter les universités de Berkeley et UCLA. Il vient aussi de fonder Modern', sa propre revue de poésie qui compte déjà à sa première parution des noms importants comme Maurice Roche. Côté spectacle, il prévoit reprendre le collier à Paris d’ici deux ans. Pour ceux qui s’ennuieront de FRANCOEUR, je recommande le livre “Rock-désir”, paru chez VLB Éditeur et contenant toutes ses chansons, excepté celles de “Dernière vision”, le livre datant de l’an dernier.

LUCIEN FRANCOEUR se retire mais n’oubliez pas que les gitans reviennent toujours... Ils reviennent parfois en Porsche rouge à 80 milles à l’heure les oreilles blastées par Mink Deville. À la prochaine FRANCOEUR!

© Fernand Durepos
Reproduit avec la permission de l’auteur



© 2002 Ronald Mc Gregor & Christian Morency. © 2002 Contenu Lucien Francoeur.
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