« Je ne suis pas un véritable chanteur... Je ne suis pas vraiment du métier.
Je ne suis pas musicien... Moi, je suis d'abord et avant tout un poète,
et quelqu'un qui se définit fondamentalement comme rocker.
Et ça a toujours nécessité un effort. »
Lucien Francoeur dans un entretien avec Denis Lavoie (mai 1985)
Robert Montplaisir
Pour ce qui est de la chanson, Francoeur dit qu'il compose des "tounes" dans sa tête depuis toujours, sur papier depuis deux ans. Les spectacles qu'il a présentés, son imagination fertile lui avait permis de les concevoir dans sa tête bien avant sa première apparition sur la scène. Pour illustrer cette démarche, il nomme Jim Morrison, pour qui il a une vive admiration. Pop-Rock, 12 octobre 1974
Tu me demandes de continuer à t'écrire, Lucien Francoeur le Billy the Kid au chien chaud léonien/morrisonien? Je n'ai qu'une chose à te dire, répéter inlassablement, "réciter" en un sens, en questionnant : on vit selon l'analyse/critique qu'on en fait, en pratique, selon l'information/éducation que fournit la théorie marxiste, sans cesse transformable au fur et à mesure du mouvement faire/être. [...] On peut considérer que je t'écris, Francoeur, que je t'écris ce journal/fabrique, (ici privilégiée la valeur d'échange de Texte - et surtout qu'il est fait pour "Les grands spectacles"), parce que pour moi tu prends la responsabilité d'un virage indispensable dans ton cheminement, parce que m'intéresse énormément que tu travailles à la production d'un premier disque de toi : MERDE. Takakkaw. [...] Billy le Kid et parades d'oripeaux sur pétarades intoximaniaques, le psychédélire d'Elvis Presley du Faubourg à m'lasse, rien n'y fait, ni même Machine Gun Susie dans le juke-box, les tatouages transgressent mais l'analogie ne satisfait que le temps d'un flash comme un uppercut, et c'est la différence qui inscrit l'authentique amérindien : franc coeur. L'écrit (les cris) : signes de piste, la pratique est dans le sens d'un matérialisme dialectique et pas de l'opportunisme. L'outrance du (dans le) show expose à tous les extrêmes, qui "véridisent" : la pratique fait de l'homme l'artisan de sa fabrique. C'est de la consumation de soi qu'on va à la révolution avec tous, pendant qu'arrivistes à force de théories deviennent marchandises. Les singes savants et les précieuses ridicules s'étrangleront en se gavant : c'était bien même qualité d'homme qu'indiquait qu'on fête ensemble François Charron et Lucien Francoeur. C'est le même geste que se brûler et écrire, détour jusqu'à la mort qui marque avec quelle densité l'on est vivant, et qui dé-marque des consommateurs qu'aliènent leurs intrigues pour s'extraire dans un pouvoir. [...] Théories de la production/productuions dans une pratique... Lucien, frère, métis & fleur bleue, dis-toi rien qu'une chose : tous ceux qui savent écrire et tous ceux qui ne savent pas lire collaborent, c'est leur ce-qui-va-de-soi qu'il faut détruire pour pouvoir construire vivre... La poésie faite par tous, critique de la vie quotidienne... [...] Voilà donc 100 pages écrites pour "Les grands spectacles", et qui ont lieu ailleurs. C'est un signe que tu te trouves ainsi occuper une place centrale dans l'écriture d'un questionnement, sur mon métier d'écrivain/écrivant et ma vie quotidienne à 40 ans, et le devenir du Québec qui les détermine. Tu liras "Questionnement socra/cri/tique". J'en extrais une page, qu'il y ait ma présence dans "Les grands spectacles" : [...] le matérialisme d'un travail d'écrivant [...] Un authentique de Francoeur et ce qui fonde son énergie me font penser qu'il n'ira pas tripoter à l'Église de la Grande Facticité, où les consommateurs de l'individualisme sont exonérés de tout vivre dès que leur hystérie est foi dans le Spectacle. C'est ce que je lis dans un ROMAN D'AMOUR qui en est un (éd. Danielle Laliberté), qui n'est qu'un premier pas dans la longue marche pour l'accomplissement de son procès désir/plaisir dans son entièreté : selon le matérialisme dialectique qui l'inscrit dans la lutte pour la production, la lutte des classes et l'expérimentation scientifique. Et ce que je lis autour de ce qu'écrit Fancoeur. [...] Marcel Hébert et Lucien Francoeur passent me voir, le Elvis du Faubourg à M'lasse est dans une forme resplendissante, il ne se pique plus, ne droppe plus d'acide, ne boit plus et ne mange plus de hot-dogs, il travaille énormément sur un disque que doit produire Columbia, il m'apprend qu'au Cégep Maisonneuve il a eu pour professeur de ... cinéma, Philippe Haeck le Lézard compte tenu du mot, le seul professeur qui l'ait intéressé, le Billy the Kid vient de lire son premier Georges Bataille, "Story of the eye", en pocket-book en anglais. Parick Straram le Bison ravi
Ses grands yeux inquiets et tristes parlent tout seuls. L'homme est seul, même au milieu de tous, car il se sent incompris, raillé et jalousé par certains qui se croient en possession de l'unique vérité et qui n'admettent pas le moindre succès à un gars comme Lucien. Parce qu'il est trop nature, parce qu'il est trop franc, trop direct. Pour lui une "marde" c'est une "marde" et non un excrément ou une fiente. Il parle comme il pense, il pense comme ça vient et il ne retient pas ses mots, ses phrases, ses sentiments et ses idées. C'est un homme-vitre qui n'a rien à cacher, qui veut être pris tel qu'il est, sans artifices, sans mesquineries, sans critères et sans hypocrisie. Jean-Claude Trait
Il parle et chante recto tono ou presque, lançant ses vers horizontalement (comme des freezbees) sur la musique de Gauthier. C'est un genre vocal qui convient au rock'n'roll. Après Bowie et Lou Reed surtout, Francoeur l'a poussé au bout, jusqu'à la parfaite platitude. Tout est dans le ton et dans le langage qu'il emploie, dans la rage qu'il cultive et les injures dont il éclabousse l'amour qui lui fait mal. Tout est dans la musique aussi. Dans le show. Et les paroles ainsi garochées prennent une tout autre dimension. Elles frappent dur, elles choquent, elles blessent et déchirent. Elles font mal. Un mal qui nous fait du bien, comme dit Ferré. Georges-Hébert Germain
Lucien Francoeur est un poète de qualité. Sans doute tranche-t-il de ses aînés et il n'a plus cette hauteur de ton qui caractérise la poésie québécoise de l'Hexagone. Mais il parle le "langage du siècle" comme on dit, dans la ligne de Denis Vanier qui inaugura le genre dans l'indifférence totale et qui ne récolte pas aujourd'hui les lauriers qui lui sont dus. C'est donc du "joual" et du plus gros, face auquel le phrasé de Michel Tremblay sonne déjà démodé. Jean Basile
Lucien Francoeur est maintenant bien connu comme poète. Il publiera bientôt son septième livre-panneau publicitaire-rouleau de papier de toilette-recueil poétique. Il portera le joli nom de "Suzanne, le cha-cha-cha et moi". Francoeur, sous ses excentricités, ne cache pas - garoche, devrait-on dire - un véritable talent de poète. On ne peut le comparer à quiconque. Disons que sa poésie ressemble à un recueil des meilleurs barbouillages-griffonnages-graffiti qu'un gars patient et le sang froid peut recueillir dans les toilettes de tous les endroits publics d'une grande ville. Faites, si ça vous chante, deux ou trois pissotières dans le Quartier latin et vous trouverez probablement, à côté des plus infects gribouillages, une ou deux phrases lumineuses. [...] Il reste que si Aut'Chose sert Francoeur, ce n'est pas certain que Francoeur serve Aut'Chose. Tout simplement parce qu'il ne sait pas chanter et qu'il ne chante pas. Il dit, il parle, ses poèmes sur la musique. C'est le fun une fois, deux fois, trois fois. Mais le groupe aurait tellement plus d'envergure si les textes étaient chantés. Pensons à ce que Charlebois a pu faire autour des années 70 avec certains textes "freaks" : Lindberg, Dolores, etc. D'ailleurs, les tounes les plus obsédantes de ce disque sont celles où Francoeur est aidé par un choeur. C'est dommage, n'est-ce pas Beau Dommage, parce que comme le dirait Francoeur : Y a pas rien là (entendez y queq'chose) ! Louis-Guy Lemieux
Moulé de cuir, les cheveux hirsutes et les rouflaquettes imposantes, on ne peut nier que Lucien Francoeur affirme magnifiquement son personnage. Pas question de se méprendre : il est de ceux qui aiment la bagarre, de ceux qui défendent leur poésie à coup de poing. Comme virilité affirmée, il n'y a pas mieux en ce moment au Québec. Et l'intérêt de ce nouveau groupe vient de ce qu'on a affaire à un phénomène du spectacle. Un nouveau style qui jusqu'ici n'avait pas cours au Québec. Reste à savoir s'il faut s'en réjouir ou non. En plus, Francoeur, même s'il est entouré de musiciens qui, ma foi, ne manquent pas d'intérêt, Francoeur ne chante pas : il crie, il hurle, tape du pied, se déchaîne de façon hystérique... mais ne chante pas. [...] Si Lucien Francoeur devient célèbre, c'est qu'au Québec, les valeurs hautement masculines d'agressivité, de force masculine, de violence tiennent encore beaucoup de place... Un phénomène, oui, Francoeur en est un. Mais c'est empaillé, dans un musée, qu'on voudrait l'admirer. Il y ferait moins de tort. Christine L'Heureux
[...] 5. on achète pas un livre de Francoeur on le pique ... [...] Jean-Marc Desgent
Le rock signifie presque tout pour Lucien Francoeur qui affirme pourtant que le "King" Elvis Presley, était "ridicule avec tout son apparat et ses habits de cérémonie. Le folklore de Presley était de type Plaza Saint-Hubert". Denis Lavoie
Mais le réel et l'imaginaire nous réservent parfois des surprises et la poésie nouvelle loin de répondre aux traces a davantage tracé de nouveaux sillons et dans ces nouveaux sillons on peut lire le texte urbain, celui qui s'organise pluriel autour des circonstances qui lui donnent vie. Dans ce contexte de modernité en rupture les textes de Lucien Francoeur sont doublement en rupture. On a refusé relativement de les considérer dans le contexte et on a même tenté d'ignorer leur présence dans le corpus de la littérature de l'avant-garde. Mais pourtant ils sont là qui parlent et nomment leur parcours personnel et radicalement stimulant. Claude Beausoleil
Un disque qui justifie les flashes de visionnaire de Francoeur qui était en procréation bien avant tout le monde. Un disque à la texture d'aujourd'hui qui nous prouve à quel point Lucien Francoeur sera encore unique demain. Fernand Durepos
[...] sa musique de gros char convertible dévoile des images frottées à la ville, au sexe, aux machines à boules ou à coke, aux drogues, aux femmes, à l'existence nord-américaine. Le punk, après coup, lui a fourni son identité. Il a chanté à coups de poing comme d'autres meurent à coups de chaîne. Ses chansons criées en font notre "chansonnier" de gouttière, son univers c'est celui "d'la Main", du monde des stands de patates frites, des juke-box, des tavernes. Il chante pour les sans diplômes, pour les "foxeux" de cours, les délinquants, les exclus. Lucien Francoeur essentiellement est un phénomène urbain dont la vie débridée, criée jusqu'à l'exagération obscène (le micro masturbé) pose à lui seul tout le problème de la délinquance avec ses lendemains de brosse ou de dopes. Francoeur touche directement le "coeur fêlé" des drop-out. Avec eux, il a en commun un pattern psychologique : tuer le père. Francoeur rejette toute forme de domination. À bas l'autorité. C'est pour la libre circulation des corps qu'il se met en guerre contre les tabous du père. Francoeur est contre-culture car il est contre l'autorité, contre toute autorité. Pierre Voyer, dans Le Rock et le Rôle, explique bien que le conflit des générations se présente toujours de la même manière: le rejet du père commence par la libre circulation du "naturel". [...] Ses chansons trouvent leur unité dans l'accessibilité au corps. Son cri profanateur tue les propagandistes du sentiment sur mesure. Les corps, chez lui, portent la stigmate de la vie réelle telle qu?en elle-même : écoeurante et sublime. Ses chansons nous renvoient à la concrétude des corps. Par elle Francoeur déploie une attitude d'amour. Et même s'il charrie des sentiments en ébullition, Francoeur ne pratique pas de terrorisme sexuel. Certes son rapport concret choque. Tout cela "déconcrisse" l'esthète asexué de la revue NOUS. Cela frustre l'habitué des chairs abstraites et sans sexe. Cela désillusionne. Francoeur dit ce qui est. Le sexe est physique, visuel, tactile, tout ; sauf abstrait. Francoeur grossit la matrialité des corps jusqu'à éclatement. La désillusion est, chez lui, provocation à la conscience. Ses chansons nous remettent en position d'homme et de femme, voilà pourquoi celui-ci ou celle-ci peut accepter qu'il y ait du sauvage ou du laid dans l'oeuvre. [...] La puissance poétique est alors réelle qui débouche sur une violence que reprend musicalement les structures du rock'n'roll. En tentant d'établir de nouveaux rapports, Francoeur fait oeuvre de poésie. Bruno Roy
Avec Francoeur la poésie québécoise admettait même appelait définitivement son insertion dans une amérique dont elle faisait géographiquement et neurologiquement partie. Construite par flashs par brisures et surtout par images choc elle soulignait une sexualité débridée qui tonifiait le corpus littéraire québécois souvent un peu triste à ce sujet. On était pas habitué à sourire en lisant un poème québécois. Avec Francoeur c'était possible. On y parlait d'autoroutes, de drogues, de musique, de snack-bar? [...] Francoeur tranchait ainsi le fameux débat du poétique et du non poétique, avec Minibrixes Réactés le jeu s'ouvrait devenait hétéroclite ou venait de faire apparaître une des tendances les plus productives de la poésie actuelle : l'urbanité teintée d'un nouveau romantisme que nous pourrions qualifier souvent de hard-romanticism. Les textes comme des brisures maculaient nos pages littéraires souvent trop propres pour dire les nouveaux enjeux. Claude Beausoleil
1974, Trois-Rivières, derrière la table de mixage d'où l'on opère radio / café / discothèque. Dans le courrier, le premier 45 tours d'un nouveau groupe : Aut'Chose. Dans les écouteurs, sur un beat accrocheur, des mots provocateurs. Programmation immédiate. Sur la piste, un instant de stupeur, puis le charme, ou la fuite. Et bien des gens viennent aux renseignements. Bernard Pozier
A-t-on idée, en 1971, de s'appeler Lucien, c'est aussi kétaine que Gaston. Avec un nom pareil, et vouloir devenir un rocker de l'écriture québécoise! Exister en littérature avec des poèmes de cet acabit, en tant que Lucien, qu'on en arrive à dire Lucien sans plus y faire attention, comme allant de soi, comme on dit Émile, Jim ou Arthur. Non, mais d'où il sort lui? Et en plus, ô prétention, comme The Doors : vouloir le monde et le vouloir tout de suite. Ouais, il se prend pour qui? ce... dénommé Lucien Francoeur? (Heureusement qu'il s'est pris pour qui!) Gaston Miron
you're lucky lucien! the way you turn heads. Patti Smith
Dans son Hollywood en plywood Lucien Franoeur en Lucifer alchimiste transmute les rues de l'Amérique en voies royales. Il y roule en Corvette comme sur de l'or philosophal, comme dans un roman d'amour et de heavy-rock, un tomahawk dans le coffre à gants. Lucien Francoeur est un peau-rouge urbain dont le cerveau reptilien plonge dans les nappes de mémoire de l'humanité, étale ses ramifications dans les deux hémisphères du cortex, sonde l'âme du divin. Yolande Villemaire
L'écriture est déployée, emphatique comme s'il s'agissait de tout dire dans une ultime phase où la décomposition humaine est là imminente, pressante. Lucien Francoeur, en écrivant Les Rockeurs sanctifiés, a fait preuve d'une prise de conscience au sujet de la place du poète dans la cité. Mythique et urbain, symbolique et abondamment ludique, le dernier livre de Lucien Francoeur est un hymne aux mots et au rock'n'roll en tant que mode de vie et perception de l'universel. Claude Beausoleil
Depending upon your angle of encounter, Lucien Francoeur is a strutting contradiction or a Rennaissance man. In blue jeans, a T-shirt and mauve high-heeled boots, his image as one of Quebec's best-known rock stars is fulfilled. But in the context of home, a spacious second-floor apartment in thoroughly un-chic NDG, surrounded by art, antiques and lots of books, that Francoeur seems remote, his tales of a bad-boy youth exaggerated though enchanting. He takes two cups from the dishwasher, fills them with Columbian blend coffee, and reaches for a little tray, all the while railing against plummeting academic standards in the Quebec school system. The image is shattered completely. Marianne Ackerman
Lucien Francoeur, c'est peut-être le plus intellectuel des rockers actuels. C'est aussi l'un des plus complexes. Francophone parlant l'anglais, Nord-Américain né en français, il se considère comme une sorte de "rock'n'roll frog". Isobel Harry
Au Québec, il n'y a pas plus rocker que Lucien Francoeur. Les autres font du rock pour ne pas être tout à fait dépassés, pour plaire aux salles, pour vendre des disques, pour quelques piastres de plus, lui, fait du rock parce qu'il n'a jamais voulu sortir de l'univers de Jim Morrison. Jean Beaunoyer
Ce qu'il y a de curieux, par contre, avec les paroles de chansons que Lucien Francoeur réunit sous le titre Rock-Désir, c'est que l'on y perçoit le travail du poète, non pas qu'il s'agisse de poèmes lisibles sans leur support musical, mais à cause même de la manière de Francoeur qui ne les chante pas vraiment. Ses paroles sont en soi rythmées, bien que beaucoup plus directes que celles des poèmes, plus narratives aussi, véhiculant comme elles le font une réalité propre à leur auteur. Francoeur travaille à son propre mythe, mais l'avenir seul le jugera quoi que nous puissions en penser aujourd'hui. Michel Beaulieu
Il est assez étonnant de constater d'ailleurs que le rock n'a jamais été vécu au Québec. Dans le temps de Presley, dans le temps des groupes noirs et puis des Beatles et de Michael Jackson, les Québécois ont toujours été bons acheteurs de rock mais jamais personne n'a pensé, vécu, nourrit un rock québécois. Paris est beaucoup plus rock que le Québec et a même franchi la barrière des générations. Francoeur est reconnu en France comme le rocker québécois. Pas ici. Là-bas on entend à la radio du Ferré suivi d'un Creedence Clearwater Revival ou d'un Brel suivi de Lou Reed, jamais ici. Jean Beaunoyer
Quand j'y pense avec le recul, je suis convaincu que Francoeur n'a pas eu le support qu'il méritait. Au moins il restera ses disques pour les éternels amants du rock et de l'Amérique. Que voulez-vous, les Québécois ont pris la mauvaise habitude de pousser ses meilleurs éléments à s'exiler en France et Francoeur n'y a pas échappé. Fernand Durepos
Francoeur. Un personnage. Comme une nouvelle incarnation de Kérouac. Il chausse de grandes bottes, marque américaine déposée, de 700 lieues pour arpenter à grands pas le Septentrion continental. D'un côté, un fait français, circonscrit frileusement dans un coin de pays mal défini, presque un fait divers maintenant, et de l'autre la présence du goinfre américain, à l'appétit vorace. Francoeur alors, qui apprend en même temps à conjuguer et des verbes en français et deux réalités distinctes, en attendant que la poésie vienne intégrer, en un mot lucide, ces paradoxes. Mario Masson
Avec son dernier disque (Dernière Vision) il salue la tradition rap, autre genre peu couru ici, puisqu'on semble plutôt privilégier les belles grosses voix mélodiques comme Céline Dion ou Ginette Reno. Francoeur, lui, n'a jamais caché que, techniquement, il n'était pas un "grand" chanteur: "On pense que le chant doit être mélodique. Pourtant, Leclerc et Vigneault ont été accusés de ne pas chanter. Le chant c'est aussi une forme de récitatif qui me fascine, qu'au Canada anglais un Leonard Cohen a pu représenter. Et puis si on trouve que je suis trop monocorde, qu'est-ce qu'on dira du vrai rap jamaïcain?". Paul Cauchon
Je ne sais pas chanter et je n'ai jamais su. Juste de chanter la gamme à la petite école, ça me poussait à aller aux toilettes. Je ne suis pas un chanteur, je suis un rocker avec le bon jeans, le bon blouson. Pas de déguisement, le vrai rocker avec ses valeurs. Pas du rock Pampers comme Corey Hart, le rock de Bruce Springsteen ou Lou Reed. Lucien Francoeur entretien avec Jean Beaunoyer en septembre 1985
Une spectatrice me disait l'autre soir qu'elle l'aimait bien parce qu'il la fait bien rire. Le drame, c'est que Francoeur se prend au sérieux. Soyons franc : je ne l'ai jamais vu donner un bon spectacle (je parle d'un point de vue objectif et technique). Mais ses salades ont fini par nous convaincre parce qu'il a été le seul à les concocter, parce qu'il a incarné la vision moderne, urbaine, rock, d'un Québec américanisé qui aurait aussi imposé sa culture en liaison avec les meilleurs créateurs de France. Paul Cauchon
Depuis quelques livres, Lucien Francoeur est devenu le personnage de sa poésie. Entré en poésie en rocker, fracassant la tradition, il a fait osciller son image publique entre le chanteur populaire et le poète écrivain. [...] En fait, on peut dire que, dans ce livre de 108 pages (Exit pour Nomades), nous avons droit à six pages de poésie, celles de la suite "L'Amérique inavouable", où l'on retrouve le poète de l'américanité tel qu'il peut nous émouvoir. Il serait temps que Francoeur quitte ses personnages de rocker, de sentimental (Des Images pour une Gitane) ou de professeur pour réintégrer sa propre poésie. En attendant, relisons Les Néons Las, ce fort recueil qu'il avait fait paraître à l'Hexagone en 1978 et qui lui garde sa place en poésie. Jean Royer
Puis, Francoeur, celui par qui le scandale arriva. Un style parlé, direct, tel quel et sans retouches. Que dires des paroles? Francoeur terrifié, il introduit dans le vocable des mots comme bander, crottes de nez, slipines. Le poète rock était né et se devait de faire du bruit. Fernand Durepos
Ainsi : Les gitans reviennent toujours. Le serpent à plumes a mué, changé de peu. Toujours rocker, Lucien Francoeur s'est transfiguré en gitan. Il s'y était obligé lui-même, remarquez bien, ayant abandonné cette carrière il y a deux ans en disant qu'il n'y avait plus d'avenues et de débouchés pour son genre de truc. Je l'attendais au détour. Je connais assez bien Lulu pour savoir que, même si sa décision était ferme et sensée, elle ne résisterait pas au travail du temps. Empêcher un créateur de créer et un showman de se montrer, c'est plus difficile que de faire couler les chutes de Niagara à l'envers. C'est tant mieux, cependant. Poète rock'n'roll, Rimbaud de ville et de ruelle, il touche au fond du sordide et de la désespérance d'une manière telle que malgré tout, étrangement, l'espoir demeure, boîte de Pandore d'une urbanité déchirée, des amours de béton et d'asphalte. Sous sa nouvelle peau de gitan, il nous les fait vivre de la même manière, dans un décor éclairé différemment, comme une vielle amie qui aurait changé de coiffure et de look et que l'on reconnaît sans reconnaître. Jean-François Doré
Quand je suis devant des textes de Lucien Francoeur, devant l'un de ces nouveaux langages que cette explosion poétique historiquement toute récente nous a léguée, devant ce délire verbal étrange tout empreint d'images américaines, de rock'n'roll et d'une espèce de "sourire zen sur l'existence", je me rappelle avec tendresse que lorsque ces textes sont apparus pour la première fois (Minibrixes Réactés en 1972, 5-10-15 la même année ou Drive-In en 1976), je m'étonnais des résistances de cette écriture au langage de la tradition. [...] Lucien Francoeur, ceux qui le connaissent le savent, c'est l'homme de la contre-culture, du moins de cette génération qui l'a traversée, pris dans ce même pain poétique que les Raoul Duguay, Denis Vanier, Patrick Straram le Bison ravi, Paul Chamberland, Josée Yvon et Denise Boucher. C'est certainement en tout cas celui de ces poètes dont la vision américaine me fascine le plus, tels ces poèmes de Perfecto Nuit écrits dans une chambre du Wyoming ou dans une banlieue de Los Angeles qui parlent de cette autre Amérique comme si le mirage qu'elle offrait permettait au poète de mieux cerner, de mieux comprendre la nôtre. Gilles Toupin
L'avantage de cet ouvrage, qui rassemble en huit parties distinctes des textes dont certains avaient été publiés séparément, est de nous faire saisir dans un ensemble extrêmement représentatif le monde du poète-rockeur. Je ne dis pas qu'il ne faut pas lire tous les autres recueils écrits par Francoeur depuis déjà vingt ans, non ; mais Exit Pour Nomades à mon sens constitue un remarquable échantillonnage de l'oeuvre d'un de nos grands poètes de l'urbanité. Gilles Toupin
Lucien Francoeur est un gars de gang. Toujours été. L'autre soir, une partie du public venait de Repentigny, la patrie de Francoeur. Dans les années 60, j'habitais le hameau voisin, l'Assomption, et on fréquentait les mêmes salles de danse que "la gang à Francoeur". C'était cool mais fallait faire attention avec qui on dansait... Daniel Lemay
Aut'Chose propose une musique beaucoup plus originale pour l'époque, alliant le rock, le progressif, en passant par le country et surtout un style de voix jusqu'alors inimaginable, Lucien Francoeur fût sans doute le précurseur du Rap avec ses paroles récitées sur la musique. Aut'Chose allait devenir par la force des choses le lien entre les innombrables orchestres des années soixante. Comme les Hou-Lops en tête, et les tenants d'un hard rock québécois à la façon des groupes Offenbach ou Corbeau. Cependant, tant par son langage particulier alliant les propos de ruelles et les grands thèmes de la mythologie moderne (Marilyn, Janis, Jim Morrison) que par son éclectisme musical, le groupe demeure à ce jour un phénomène unique dans l'histoire musicale du Québec. http://www.chez.com/slippermen/autchose1.htm
Il se fait d'abord remarquer par ses écrits dans un style compulsif, où voisinent les flashes inspirés par ses voyages et autres expériences de cette période qu'on pourrait qualifier de bohème électrique au début des années soixante-dix. Tant la forme (nombreuses citations, titres de chansons rock, slogans détournés de leur usage prévu) que les sujets abordés (route, drogue, sexe, nuit) en font un des phares de la contre-culture québécoise à la recherche de modèles qui lui soient propres. Contrairement aux gourous du retour-à-la-terre, Lucien Francoeur se fait le chantre de l'extrême urbanité.
Aut'Chose : précurseur du RAP sans doute. Lucien Francoeur avec ses textes parlés sur des musiques de Pierre Gauthier. Tout un choc dans le rock québécois. Moi j'ai adoré ça. Michel Adam de Québec en musique
J'ai suivi la carrière de Francoeur, poète, rocker, professeur, maître de l'esbroufe capable de génie, magicien des mots capable des pires bassesses. Devenu tour à tour animateur vedette à CKOI, porte-parole pour Burger King, animateur pas mal moins vedette à la télé, Lucien Francoeur, le poète, a peu à peu cédé le pas à Lucien Francoeur, le clown médiatique. Un clown qui est devenu de plus en plus triste. Après un silence total de trois ans, Francoeur, retrouvant son vieil acolyte Pierre Gauthier, vient de remonter Aut'Chose, qui livre "Dans la jungle des villes". Ce disque est inégal, partagé entre les éclats de génie musicaux et les plages presque kétaines de Pierre Gauthier, déchiré entre les rimes riches et les rimettes faciles de Francoeur. Mais le bon et le très bon supplantent de loin l'ordinaire et le mauvais sur Dans la jungle des villes. Patrick Gauthier
Personne n'était cool et affiché comme tel au Québec avant Lucien Francoeur et le premier album d'Aut'Chose, paru en 1975. C'est-à-dire cool en ayant conscience de l'être. [...] Avec Francoeur, pas de doute : on le sentait aux premiers mots bandés comme un cheval de Prends une Chance avec Moé («Embarque avec moé / Dans mon char de mongol / Aie pas peur on ira pas vite / Aie pas peur ch'te ferai pas mal / J'vas t'amener dans ma chambre / Écouter des records psychédéliques»), ce type-là était non seulement cool, mais brillament cool. Il comprenait ce que c'était qu'être cool en Amérique du Nord en 1975 et il avait les mots pour le dire. [...] Ce Francoeur-là était cool et salutaire parce qu'il dédouanait la part d'Amérique en chacun de nous, la revendiquait, l'exacerbait jusqu'à son point de rupture. [...] ... Francoeur a toujours continué d'affirmer son américanité et demeure en cela indécrottablement cool. Sylvain Cormier
Personnification de la prostitution de l'écriture poétique, Francoeur reçu pour son livre Les Rockers Sanctifiés [sic] le prix Émile-Nelligan. En l'espace de treize ans, soit de 1970 à 1983, il a publié onze recueils de pseudo-poésie, dont deux aux Herbes Rouges. [...] Je me permets de signaler que la naissance de Francoeur coïncide avec l'émergence du rock'n'roll. Après la lecture des données que je fournirai, je laisse à quiconque la responsabilité de tirer les conclusions qui s'imposent. Encore une fois : imposteur ou poète? À la solde des ténèbres ou sous l'égide des guides de lumière? [...] Maître dans le maniement de la contradiction éclatante, qu'il s'efforce de faire passer sous une couche de vernis qui n'a d'autre effet que de crier sa fourberie bien machinée, Francoeur veut faire pendre des vessies pour des lanternes. [...] Cette longue énumération exhaustive, faite par des spécialistes, corrobore scientifiquement mes observations: que le rock'n'roll sème la division et détruit l'homme sur tous les plans. Quand Francoeur pousse l'inconscience jusqu'à écrire que la machinerie - plutôt machination! - des Doors est une chose mirifique, il signe sa propre condamnation! À l'époque de la rédaction - l'assemblage de "flashes"! - du recueil [Les Grands Spectacles], Francoeur ne soupçonnait certainement pas qu'un jour, un regard critique, orienté vers la vérité historico-culturelle, le percerait à jour et dénoncerait ses allégeances à la philosophie de l'anéantissement de l'homme par l'abolition des valeurs. Si je m'attarde aussi longuement sur la philosophie que véhicule le rock'n'roll, c'est d'abord parce qu'il m'apparaît indispensable de ne jamais dissocier une oeuvre de ce genre de la perspective historique où elle s'inscrit, ensuite parce que Francoeur personnifie cette idéologie : il n'a pas hésité à recourir à la musique rock'n'roll pour transmettre sa pensée. Son rôle d'agent culturel englobe sa manifestation graphique et phonique - sans compter sa gestualité démente dans ses spectacles. [...] Si le lecteur aux "larges vues" s'étonnait, au début de mon essai, de ma vibrante indignation devant l'oeuvre poétique de Francoeur, il est maintenant informé des fondements solides de ce mouvement d'âme! Sa contestation ordurière, son vandalisme explicite, poussés à leur point culminant par l'obtention d'un prix littéraire, le range d'emblée parmi les imposteurs, dont une postérité lucide et instruite mesurera l'impact des crimes de toute la génération maudite du rock'n'roll et du surréalisme psychédélique. À mes yeux, seule l'ignorance de la réalité historique objective peut expliquer qu'on soutienne pareille démarche. À moins, comme je le crois, qu'il ne s'agisse d'un vaste complot à l'échelle mondiale qui se propose d'anéantir l'homme. Cette contamination par le biais de la culture livresque cherche à démolir tout ce qui faisait l'âme d'un pays : la littérature. [...] Immature émotionnellement, dans une atmosphère d'érotisme permanente, Francoeur gravite autour des objets charnels, avec une intempérance qui confine à l'abrutissement, à la déperdition progressive du sens de la dignité humaine. Pour lui, une femme ne s'exprime que par son cul. C'est un genre d'attitude irresponsable qui institutionnalise la prostitution. [...] Pour Francoeur, la fille est un sac de chair où il ensache sa semence. Un point, c'est tout. [..] Son écriture poétique est à l'image de l'homme : contestataire, elle vise la désintégration. Le démembrement stylistique garde la trace de l'idéologie contre culturelle : il expose une posture sociale qui tend à imposer de nouvelles pratiques d?écriture en mettant en relief l'Orgasme comme symbole de protestation incendiaire. Je me résume : poésie iconoclaste stérilisante parce que totalement dépourvue de transparence dialectique positive. Maintenant le lecteur connaît l'origine de l'immatérialité de l'écriture de Francoeur! Michel Muir
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