Classi-rock: Prends une chance avec moé
par
Fernand Durepos

Pop-Rock, vol. 15, #1, p.21, 3 mai 1986

Un groupe et un disque importants qui allaient en 1975 basculer les fondations du rock Made in Québec. Lucien Francoeur et son groupe Aut’Chose apportèrent un vent d’hystérie dans la chanson québécoise de l’époque, chanson peu audacieuse et, avouons-le, très granola. Si l’Angleterre avait eu sa dualité des bons et des mauvais avec les Beatles et les Rolling Stones, le Québec avait enfin droit à la sienne avec les carrières contrastantes de Beau Dommage et Aut’Chose.
Sur ce premier microsillon d’Aut’Chose, 12 pièces, 12 joyaux de provocation. Oui, ce rock était choquant car il remettait en question les principes de base et les formules connues. Les musiques d’Aut’Chose, issues du bouillant cerveau de Pierre Gauthier de La Vérendry, étaient différentes. Éclatés, les arrangements musicaux. Agressif et acidulé, le son des instruments. Puis, Francoeur, celui par qui le scandale arriva. Un style parlé, direct, tel quel et sans retouches. Que dires des paroles? Francoeur terrifié, il introduit dans le vocable des mots comme bander, crottes de nez, slipines. Le poète rock était né et se devait de faire du bruit. Les gros titres du disque: “Le freak de Montréal”, Ch’t’aime pis ch’t’en veux”, et le “Hey you woman” de Michel Polnareff qu’il adapte et truffe de références bien de chez-nous. “Prends une chance avec moé” est un disque féroce, cru et urbain. Francoeur et Aut’Chose ont vraiment rendu le vinyle électrique, détonnant. Personne n’a oublié le solo de guitare du “Freak de Montréal” ou la version de “Godfather”.
Aut’Chose joua des coudes et des décibels. En mettant à jour la réalité québécoise à même l’irréalité du grand rêve américain. En trouvant le point d’osmose culminant où devaient s’épouser la littérature et la musique rock en un cocktail dynamique et saisissant. De toutes les époques, les choses simples et franches demeurent, et tout le travail d’Aut’Chose restera. Avec Michel Pagliaro, Lucien Francoeur fut le seul à incarner le rockeur dans toute sa substance, ici au Québec.
Un groupe que plusieurs regrettent et que d’autres ont oublié. Les Québécois devront un jour apprendre à quitter leur petit confort et à renouer avec la tradition du rock. En verra-t-ont des nouveaux Aut’Chose? J’en doute beaucoup.

© Fernand Durepos
Reproduit avec l’autorisation de l’auteur



© 2002 Ronald Mc Gregor & Christian Morency. © 2002 Contenu Lucien Francoeur.
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