Un groupe et un disque importants qui allaient en 1975 basculer les fondations du rock Made in Québec. Lucien Francoeur et son groupe AutChose apportèrent un vent dhystérie dans la chanson québécoise de lépoque, chanson peu audacieuse et, avouons-le, très granola. Si lAngleterre avait eu sa dualité des bons et des mauvais avec les Beatles et les Rolling Stones, le Québec avait enfin droit à la sienne avec les carrières contrastantes de Beau Dommage et AutChose.
Sur ce premier microsillon dAutChose, 12 pièces, 12 joyaux de provocation. Oui, ce rock était choquant car il remettait en question les principes de base et les formules connues. Les musiques dAutChose, issues du bouillant cerveau de Pierre Gauthier de La Vérendry, étaient différentes. Éclatés, les arrangements musicaux. Agressif et acidulé, le son des instruments. Puis, Francoeur, celui par qui le scandale arriva. Un style parlé, direct, tel quel et sans retouches. Que dires des paroles? Francoeur terrifié, il introduit dans le vocable des mots comme bander, crottes de nez, slipines. Le poète rock était né et se devait de faire du bruit. Les gros titres du disque: Le freak de Montréal, Chtaime pis chten veux, et le Hey you woman de Michel Polnareff quil adapte et truffe de références bien de chez-nous. Prends une chance avec moé est un disque féroce, cru et urbain. Francoeur et AutChose ont vraiment rendu le vinyle électrique, détonnant. Personne na oublié le solo de guitare du Freak de Montréal ou la version de Godfather.
AutChose joua des coudes et des décibels. En mettant à jour la réalité québécoise à même lirréalité du grand rêve américain. En trouvant le point dosmose culminant où devaient sépouser la littérature et la musique rock en un cocktail dynamique et saisissant. De toutes les époques, les choses simples et franches demeurent, et tout le travail dAutChose restera. Avec Michel Pagliaro, Lucien Francoeur fut le seul à incarner le rockeur dans toute sa substance, ici au Québec.
Un groupe que plusieurs regrettent et que dautres ont oublié. Les Québécois devront un jour apprendre à quitter leur petit confort et à renouer avec la tradition du rock. En verra-t-ont des nouveaux AutChose? Jen doute beaucoup.